ADVENTURER Numéro 4

LES NEIGES DE GÉORGIE

Peu racontés, peu montrés, Yann Gobert nous livre le récit d’une aventure sur les sommets géorgiens – avec des hauts, des bas, des montées et des descentes. Des réveils à la fraîche, des bruits nocturnes glaçants et des coups de chaud…


4750 mètres d’altitude, la corde se tend dans mon dos, je dois m’arrêter.

Stef et Tato, notre guide, sont devant moi, ils se retournent, interrogatifs. A mon tour je regarde derrière moi, Jérome me fait un signe que je n’ai pas envie de comprendre. « Allez Jid ! on y est presque ! » La tête baissée, Jérome s’appuye lourdement sur ses bâtons, je connais cette posture, je l’ai deja vécue. C’est le moment où l’on sait qu’il faut s’arrêter, où l’on sait que c’est la fin, on ne pourra pas aller plus haut aujourd’hui, qu’il faut faire demi-tour si près du but, si près du sommet. Ces 300 mètres qui me séparent de ce point, ce petit point noir dessiné sur la carte, accompagné d’un chiffre, 5047m. Je le regarde depuis quelques semaines, je l’imagine, je me vois deja là-haut, c’est notre but final, le point culminant de notre voyage mais on ne le verra que de loin.


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2 semaines plutôt, nous atterrissions sur l’aéroport de Batumi pour rejoindre Jérome, qui nous attend depuis 2 jours sur place et a fini d’organiser les 3 semaines qui vont venir. L’idée du voyage est de découvrir les montagnes du massif du Caucase en partant de la mer noire pour arriver sur les côtes de la mer Caspienne, en passant par différentes régions. En bivouac, en refuge ou chez l’habitant, nous voulons nous immerger dans la culture du pays, rencontrer les Géorgiens et profiter des belles pentes enneigées du massif.

En privilégiant les transports locaux, sorte de petits bus plus ou moins rapides, plus ou moins rouillés, nous sommes tout de suite dans le bain, au contact des Géorgiens, dans la vraie vie. Sous des apparences rugueuses, les Géorgiens sont toujours chaleureux, bienveillants et curieux de savoir ce qui nous amènent ici. Ils sont très fiers de leur pays, heureux de le faire découvrir, de nous en parler. Grâce à Jérome qui parle Russe et connait quelques mots en Géorgien, nous sommes toujours bien accueillis et nous profitons souvent des bons conseils des gens que nous rencontrons.

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La Svanétie

Par des routes escarpées, parfois ensevelies, nous arrivons en Svanétie, après quelques heures de Marushka (petit bus ou camionnette) dans le village de Mazeri, qui se trouve au pied du mont Ushba (4710m). C’est un peu le dernier village au bout de la route et nous posons nos affaires pour quelques jours chez Batcho qui a emménagé des chambres d’hôtes dans la maison familiale. Nous sommes accueillis par sa mère, son frère et tous les animaux de sa petite ferme, notamment  Bobby, un grand chien de berger. Au réveil, Batcho nous demande si nous avons entendu les hurlements de loups cette nuit… Mais pas d’inquiétude selon lui, ils n’attaquent jamais les hommes, nous voila bien rassurés. Et pour enfoncer le clou, Batcho nous explique comment faire peur aux ours, même si selon lui, il y a peu de chance que l’on en aperçoive. On croise les doigts…

– Au réveil, Batcho nous demande si nous avons entendu les hurlements de loups cette nuit… –

Pendant que sa mère nous prépare des bons petits plats hyper-caloriques, nous nous organisons pour passer les 2 prochains jours en montagne : bouffe, tente, matelas, duvet, le matériel photo/video… On part avec au moins 20 kg chacun sur le dos, dans un chemin boueux qui traverse le village et qui nous mène dans les bois et vers la première montée. Nous sommes heureux de poser le bivouac pour une nuit à côté de la petite chapelle du Mont Mézir à 2500 mètres, après les 900 mètres de dénivelé à travers les bois. Depuis le départ du village nous avons 2 compagnons de plus, Bobby, notre berger du Caucase et un chien court sur pattes, que Jérome baptisera Trompette, qui ne nous lâchera pas d’une semelle.

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Installation du camp, le feu est lancé, petit goûter et on en profite pour faire un rappel des règles de sécurité et un entrainement à la recherche avec DVA. Le soleil est encore haut et nous ne résistons pas à monter un peu plus pour goûter notre première descente dans la neige Géorgienne et profiter d’un cher de soleil sur le Mont Ushba qui est quasiment à la frontière russe. Après un bon diner, la température baisse vite, les parois de la tente sont gelées et nous filons nous mettre à l’abri dans nos duvets. La nuit est totalement noire, aucune lumière aux alentours, le village est à quelques heures, bref nous sommes seuls au milieu de la montagne. Je m’assoupis assez rapidement, mais je suis réveillé brutalement par les aboiements des chiens qui montent la garde autour de la tente. On les entend courir après quelque chose pendant un bon moment et je pense pouvoir dire que l’on s’est tous les 3 rappelé ce que disait Batcho le matin même.

Réveil matinal, il fait encore nuit et très froid mais nous voulons arriver au sommet du Mont Bak avant que le soleil ait réchauffé la neige. Après un bon petit déj’ pour nous et pour nos chiens, nous plions la tente et partons pour le premier sommet du voyage. La neige est bien gelée et pour ne rien arranger j’ai oublié mes couteaux, Stef m’en prête un et nous avançons sur cette pente raide. Nous finissons à pied, toujours accompagnés de nos chiens qui restent à l’aise et nous narguent en marchant en bord de crête. 3286 mètres, on savoure le paysage et l’effort que l’on vient de faire ensemble. La vue est magnifique, Stef et moi sommes rassurés d’avoir assuré la montée, reste à voir ce que la descente va donner.

Le départ est un peu tendu pour moi qui ai le niveau le moins élevé en ski comparé à mes 2 compagnons qui se sont rencontrés chez les chasseurs Alpins, mais passés les 3 premiers virages et avec leurs bons conseils, le reste de la descente n’est que plaisir dans une neige un peu lourde. Nous arrivons au village, accompagnés de nos chiens qui font désormais partis de l’équipe, ils ont descendu les pentes aussi rapidement que nous et nous montrent le bon chemin vers la maison de Batcho.

Malheureusement la météo ne nous a pas permis de faire d’autre rando autour du village comme prévu, alors nous choisissons de repartir vers la seconde région de notre voyage.

La Kazgégie

Quelques heures de Marushka et de train plus tard et nous sommes de passage à Tbilissi pour la nuit avant de partir vers la Kazbégie et le Mont Kazbek.

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