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Les Montagnes kirghizes : Roadtrip d’un autre temps

Texte et Photo par : @MCBinouclars

Cheminant à dos de cheval à près de 4000m à travers des plaines et montagnes qui s’étendent à perte de vue je suis étourdie par la sensation d’un temps suspendu dans un espace sans fin. Comme la chute libre d’un rêve dont on ne saurait s’extirper, l’impression est à la fois grisante et inquiétante.

Nous sommes trois, accompagnés par le bruissement du vent qui nous amène l’orage à travers les pics montagneux, d’occasionnels groupes de chevaux lancés à toute allure, et quelque rapace nous survolant. Parfois au loin, en plissant les yeux, on distingue la toile blanche d’une yourte, abritant une famille de nomades kirghizes. Plus tard, la nuit tombant, nous nous arrêtons chez l’une d’entre elles.

Tandis que nous n’osons pas encore faire connaissance, nous partageons un repas qui leur est classique, au menu duquel notamment le thé noir et le kaymak. J’y perçois les premières traces du fil que l’Histoire à tracé depuis les confins de l’Asie centrale où nous nous trouvons, jusqu’aux rives de la Méditerranée.

“ Un peu d’imagination et l’on se laisse aller à rêver… “

Leur bienveillance nous permet d’échanger des mots de turc contre leur kirghize, et j’en apprends plus sur le déroulement de leur existence, rythmée par les saisons. Ils nous expliquent la construction de ces maisons mobiles, selon une technique millénaire, inlassablement montées et démontées, laissant au sol un large cercle pour toute trace de leur présence. Si certains matériaux ont été troqués pour d’autres plus résistants, et des voitures ont remplacé les attelages traditionnels, c’est pour mieux accompagner la mobilité nomade des Kirghizes qui la perpétuent. Un peu d’imagination et l’on se laisse aller à rêver, ou plutôt fantasmer, ce que put être la vie des premiers peuples turco-mongols.

Les grands froids gagnent doucement les hauteurs dont ils chassent l’été. Une tempête de neige accompagne notre dernière nuit et nous repousse vers des altitudes plus clémentes. Retour au présent d’un pays de bric et de broc : nous embarquons dans un mashrutka qui s’élance à toute bombe sur un tronçon élimé de la route de la soie. Nous croisons régulièrement des asphalteuses flanquées d’immenses idéogrammes chinois, qui relieront sans doute bientôt le Kirghizistan aux sentiers balisés du reste d’un monde musée et parc d’attraction.

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1 Comment

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    Sarah
    mai 15, 2017 at 6:59

    Gorgeous photos. I shall try to translate the words ❤️

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