INSPIRATIONS Numéro 3

FORAGER CO, L’ART DE PRODUIRE AUTHENTIC

#LiveAuthentic c’est l’étendard poétique qui transforme nos escapades, nos envies de renouer avec les Extérieurs en projet esthétique. C’est quand la grandeur de la nature ne nous suffit pas au présent et que nous ressentons le besoin d’appréhender en ce milieu la trace laissée par les anciens. La Nature aussi laisse un Héritage. C’est lui qui nous manque si fort. Celui des Explorateurs, Trappeurs, Cow-boy, Fermiers, Vagabonds, Ouvriers, Curieux, Chercheurs d’or… #LiveAuthentic ce n’est pas tant le cri d’un besoin primaire que nous avons de sortir, que celui d’un besoin de poésie qui fabrique l’harmonie de nos Sorties. Grâce aux marques, créateurs, artisans de ce mouvement, nous avons la chance de pouvoir reproduire ces ambiances qui font vivre nos fantasmes.

Aujourd’hui, nous vous présentons Forager Co, une jeune entreprise de vêtements inspirés des Glaneurs  du 19ème siècle. A bien des égards Forager Co trace un sillon très profond dans cette démarche d’authenticité. Et nous avons eu la chance de pouvoir poser nos questions à Bryan Norris sur sa marque de Lancaster, Pennsilvanie.

 

LEATHERPIECES

 

Bonjour Bryan, qui es-tu ? Pennsylvanie : « this land is your land » ?

J’aime la formule. Je suis un de ces « outdoor urbanites »; un mélange des cultures urbaines et rurales. J’ai grandit à Lancaster, Pennsylvanie, et mon enracinement familial reste ici. Cette région possède un héritage agriculturel fort et ceci a un impact profond et durable sur les choses auxquelles j’accorde de l’importance aujourd’hui. J’ai passé ma jeunesse entouré de voisins Amish et Mennonites, pour qui la « farming culture » est une part encore importante de leur vie. À Lancaster, les écoles donnent du temps libre aux jeunes pour planter, pour la récolte, les vendanges, la chasse. J’ai donc logiquement passé beaucoup de temps à explorer la nature environnante et mon premier boulot a d’ailleurs été dans une petite exploitation d’herbes. Quand j’y pense c’est vraiment intéressant, avec ces racines rurales, « country », d’avoir finalement étudié la mode à NYC. Quand vous êtes jeunes et créatifs, l’appel des grandes villes pour les études et le travail est incontournable. J’ai suivi l’appel, je suis resté presque 28 ans à NYC, en tant que designer, puis Directeur du design pour des marques de vêtements homme comme American Eagle Outfitters ou Nautica. Cette expérience m’a souvent conduit aux quatre coins du monde et m’a surtout permis d’enrichir au fil des ans ma collection de textiles vintages…

 

Quelques mots sur les débuts de Forager Co. Avais-tu déjà une idée/vision pour Forager Co, quand tu t’es lancé ?

j’ai quitté l’industrie de la mode conscient des effets toxiques que les textiles industriels ont sur notre planète et sur nos corps. J’avais dans l’idée de faire connaître le « slow design » vs le « fast fashion ». Étant moi-même glaneur (forager), au fond de moi, depuis toujours – j’aime la chasse et la cueillette – j’ai rejoint un groupe de « fournisseurs » de nourriture sauvage (cad complètement issue de la nature). C’est bien ça, plutôt que mon background en design, qui m’a conduit à créer Forager Co. J’ai d’abord pensé à créer des produits uniquement fait de matériaux collectés : des produits à base de plantes médicinales comestibles, des objets en bois, des vêtements reconditionnés…

La coupe des vestes Forager Co vient d’une veste que j’ai portée et usée pendant des années. Qui vient de cet héritage fermier. Cette première veste, faite pour moi-même, bien avant Forager Co, a été taillée dans de vieux textiles issus de mon stock. Instagram m’a permis de poster quelques photos de mes premières vestes et après ça les choses ce sont mises à marcher.

 

Forager. Le nom dit tout du produit. Né de la ferme, conçut par les moyens de la ferme… mais pour qui ? Dirais-tu que tu produis des vêtements utilitaires pour cette génération « d’outdoor urbanites » ?

Je pense que mes produits vont au delà des générations ou des genres. Nos vêtements ont un héritage fonctionnel : résister au travail. Ainsi durabilité et style fonctionnent ensemble. J’ai la conviction qu’une jeune génération d’outdoor et/ou urbanites est à la recherche de produits bien fabriqués, avec une histoire honnête, un style, et une raison d’exister profonde. Forager Co c’est un projet pensé pour que les gens se sentent bien en le soutenant, car derrière la marque ils soutiennent des travailleurs ruraux, et l’usage de matériaux récupérés.

L’ancienne génération produit pour les nouvelles. Et dans mes rêves je suis un pont entre les deux.

Les vêtements Forager Co sont fabriqués dans une petite ferme familiale qui pratique la couture depuis trois générations. Les petits articles en cuir sont conçus dans un authentique atelier de harnais Amish, vieux de 81 ans, sans électricité, utilisant simplement les plus anciennes techniques de travail. 

 

MANNEQUIN-FORAGER

 

Une vague de jeunes urbains cherche à se connecter avec les Extérieurs. Les lieux, bien sûr, mais surtout l’esprit, la philosophie et parfois la poésie même. Dirais-tu que cette quête est une opportunité pour faire revivre des pièces « mythiques » inspirées des travailleurs extérieurs d’époque ?

Les vestes de glaneurs, avec leur look vintage font clairement partie de l’ADN de Forager Co. La plupart des modèles sont inspirés des vestes à zip avant des travailleurs des années 40 ou présentent des détails pris des vieilles vestes en denim. La veste du travailleur est restée une pièce « indispensable » pendant un long moment. Les gens veulent protéger leurs vêtements, garder leur corps au chaud tout en restant libre dans leur mouvement. C’est vrai aujourd’hui pour ces jeunes urbains qui vivent dehors, comme pour les travailleurs de l’époque.

Je suis un immense fan du style et de l’esprit naturellement vintage des bûcherons et j’espère pouvoir transmettre dans ce que je fais la valeur et la rudesse du travail en extérieur.

 

Il y a quelque chose de profondément authentique dans ta marque, ton produit, et ta façon de mener ton business. Tu puises dans des vieux stocks de denim et de cuirs usés pour fabriquer tes vêtements. Comment sélectionnes-tu ces textiles ?

Les laines viennent principalement de couvertures vintages que je sélectionne pour leurs patterns, couleurs, textures et leur poids aussi. J’achète ce que j’aime au contact. Je regarde surtout dans les textiles qui ne sont pas en parfaites conditions et qui méritent en même temps une nouvelle vie. Mon stock est fait de pas mal de textiles encore trop « beaux » (dans le sens neuf) pour êtres utilisés. Mais j’envisage de me servir de cette partie du stock pour les prochaines collections.

J’ai eu énormément de chances en tombant sur un stock de denim indigo dans une vieille fabrique US abandonnée. L’usage de vieux stocks plutôt que la production de nouveaux textiles est un truc sur lequel je travaillerai dur. Ça doit rester. Je veux éviter coûte que coûte d’entrer dans le cycle de production/consommation actuel.

Pour les cuirs, je me sers dans une pile de peaux qui viennent d’une authentique fabrique de chaussures, fermée depuis. Mais sur le marché de l’équitation aussi, il y a énormément de pièces de cuirs magnifiques (brides, selles…). En ce moment par exemple je travaille sur des cuirs achetés à une vieille ferme Amish qui produit des harnais depuis des générations. Ce cercle très local et communautaire est au coeur de Forager Co.

 

 

 

Tu travailles, je te cite, « avec des textiles historiques ». Que mets-tu derrière ce mot « historique » ? 

Quand je dis historique, je veux dire que je privilégie des textiles qui cherchent leurs origines 100 ans en arrière. Minimum. Que ce soit la matière, le motif, la technique de tissage… J’ai récemment utilisé des draps qui datent du 19ème siècle. Ces textiles ont une énorme valeur. Pas uniquement sur l’âge mais surtout pour leur travail à la main, ancestral. Ces tissus sont juste des témoins de notre histoire et de notre héritage. C’est incroyable de redonner vie à des vestiges de nos ancêtres et les rendre désirables et utiles à notre génération.

 

Nous avons parlé des textiles, parlons maintenant de l’autre partie intéressante de ta production. Pas de production de masse. Pas de production moderne. Pas de partenaires « nouvelle génération ». Tu as décidé de travailler avec des communautés respectant les principes de l’Old Order : Mennonites et Amish. 

Je rêvais de bosser ici à Lancaster, au plus proche de ma famille. Travaillant sur de très petits volumes de production j’avais besoin de penser autrement pour exister. Ma chance aura été de rencontrer cette femme Mennonite pour coudre les vestes qui m’a présentée ce fabricant Amish de harnais pour la fabrication des pièces en cuir.

Je suis heureux de pouvoir soutenir dans mon business model cette belle communauté en faisant appel à leur métier et en dynamisant des boutiques rurales.

 

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Première règle Amish : « Tu ne te conformeras point à ce monde qui t’entoure. » Est-ce que suivre les règles et manières de faire ancestrales et traditionnelles de ces communautés rend le travail plus difficile ? En d’autres termes, amener l’authenticité à un tel niveau est une superbe aventure, pure. Comment ça se gère au quotidien ?

Beaucoup pensent effectivement que c’est plus facile de sortir des grosses machines industrielles, de rester plus « simple ». Je reste depuis le début fidèle à mes principes de production mais c’est vrai qu’ils impliquent un certain apprentissage et des coûts supplémentaires. Des choses tenues pour acquises dans un circuit classique nécessitent ici une pédagogie liée aux contraintes de livraison par exemple. Le rythme est lent, les salaires plus élevés. Dans cette démarche, je demande à mes clients d’adhérer à la contrainte. Elle fait partie du produit. Ce respect de l’authenticité à un tel niveau et de ces communautés se répercute naturellement sur le prix final. Ce respect fait partie de notre ADN. C’est ce qu’achète mes clients.

Un autre point. Les préceptes de ces communautés luttent avec les besoins « marketing » d’aujourd’hui. Pour des raisons religieuses et de discrétion ils s’opposent à toutes formes de représentations photographiques d’eux-mêmes, ce qui rend très difficile la création de contenus indispensable à la présence d’une marque sur les réseaux sociaux. Les gens ne souhaitent pas voir que le produit, ils aiment le découvrir dans son univers, en situation, et quand vous ne pouvez montrer ni les artisans ni les lieux… Je veux préserver au maximum leur principe car ils fabriquent l’authenticité de ces communautés. Et c’est pour elle que je suis allé vers eux.

Quand vous travaillez avec des principes de vie si forts, il y a une honnêteté qui imprègne votre produit

Bien sûr il y a le savoir manuel des artisans Amish et Mennonites, mais tu dis aussi qu’ils apportent à ton produit une certaine intégrité. C’est-à-dire… 

Ces gens ont une telle foi en ce qu’ils font et travaillent dans un environnement si paisible que ça se ressent dans tout ce qu’ils touchent. Quand vous travaillez avec des principes de vie si forts, il y a une honnêteté qui imprègne votre produit. Ça je le ressens au quotidien, quand je me rends dans les ateliers. L’atmosphère qui y règne n’existe nulle part ailleurs. C’est un calme extrêmement contagieux sur les gens. Derrière je ne peux pas l’éviter et ça habite forcément les designs des vestes Forager Co et des autres produits aussi.

 

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Une jeune marque avec de vieilles racines. La formule parfaite pour une marque authentique aujourd’hui ?

Forager Co a des arguments pour endosser les labels authentic et heritage. Aujourd’hui ces deux mots sont sur-utilisés, souvent sans preuves ou même sans légitimité. Avec les choix que nous avons fait dans l’approche des matériaux, la production, notre enracinement rural, nos références ont très vite amené les gens à nous accordé ces « labels ». Ce n’était pas un objectif au départ, mais c’est une jolie description de nous que j’accepte volontiers.

 

The Two Pines remercie profondément Bryan Norris, et toutes les personnes qui font Forager Co.

 

READ THE ENGLISH VERSION

 

The Outdoors are calling and a generation of « outdoor urbanites » are heeding in droves. This generation owes its name to a leading figure of the great outdoors, Jeffrey Bowman. The journey may differ but these urbanites share it in the same way: with LIVEAUTHENTIC.

 

Hello Bryan! Tell me about yourself. and Pennsylvania…’ this land is your land?

 I like your term. I am an outdoor urbanite; a mash-up of a rural and city lifestyles. I was raised in Lancaster Pennsylvania and my family home is still there. It is an area rich in agricultural heritage and has a lasting impact on what I value to this day.  I grew up with Mennonite and Amish neighbors and farming culture was a part of life. My rural high school gave students time off for planting, harvest and hunting.  I spent my free time exploring in the river hills of Lancaster County and my first job was working at small herb farm and market stand.

It is interesting that I ended up in NYC studying menswear design coming from these simple country roots.  When you are a young creative spirit it is often the cities that call for education and employment. I spent nearly 28 years in New York City working as a designer / design director for men’s clothing brands including American Eagle Outfitters and Nautica. This gave me the chance to travel around the world and add to my collection of vintage textiles..

I still like the mix of modern and rustic and perhaps this is the biggest influence own my own style.

 

Tell us a few words about the beginning? How was Forager Co born and what was your initial idea in creating it? 

I left the fashion industry and had become aware of the toxic influence it and the textile industry has on our planet and people. I speak out against “fast fashion” and get to bring light to “slow design”.

As one who has always been a forager – I enjoy the hunting and gathering – I joined a wild foods foraging group. It was this, not my design background, that lead me start Forager Company. I began thinking about products I might make with foraged materials. Medicinal and edible plant-based products, wooden furniture, repurposed clothing, etc.

I began with what I had, a stockpile of vintage textiles, blankets and quilts.

The vest pattern was taken from a vintage style I have worn for years. These first vest were made using old stock denim and vintage blankets and quilts.

Instagram was there to post a few images of these designs and I have been flowing ever since.

 

Forager, the name says everything about the product. From the farm, by the farm… but for whom? Would you say you make utilitarian products for a new generation of « outdoor urbanites »?

I think that my products cross over generations and types. The clothing is made to function as workwear. Durability and style are in equal measure. I do think there is a new generation of outdoor and/or urbanites who is looking for products that are well made, have an honest story, good style and a reason to be. This is a project that people can feel good about supporting with our simple rural makers and use of often salvaged materials.  

The clothing is made on a small farm where a family has been sewing for three generations.

The leather goods are made in an 81 year old Amish harness shop without electricity and incorporate some early leather working techniques.

It is old generation making for a new generation of customers. In my dream I am a bridge between the two.

 

More and more, a generation of young urbanites is looking for connections to the outdoors, not only with places, but also with the spirit, the philosophy and the poetry that the outdoors convey in our mind. Would you say it is this insight that provided the inspiration for a product born a long time ago, then for outdoor workers?

For the vest I make vintage workwear is a big part of the DNA. Many are based on a 1940s zip front work style or with details taken from an old denim chore jacket.  The work vest has been around for a very long time. People want to protect their clothing, keep their body warm and arms and hands free for work.

I am a fan of vintage loggers spirit and style and would like to impart this hard working nature in what I do.

 

There is something deeply authentic in your brand, your product and the way you do business. You re-use old stock denim and salvaged leather for designing your products. How do you select the textiles?  

The woolens come mainly from vintage blankets that I collect based on pattern, color, texture and weight. I buy what I like. I look for blankets and quilts that are not in perfect condition and need new life. My collection of textiles too good to cut is growing and will be the next arm of Forager Co.

I was lucky to find the old stock of indigo denim from a closed US mill. The use of dead stock and not newly produced goods is something I will strive to maintain. I would like to avoid the standard cycle of new production and consumption.

For leather there is a pile of skins from a closed shoe factory and plenty of small pieces of bridle leather from the horse trade. I recently starting producing some pieces of new leather purchased a few farms over at the Amish harness supply shop. I like this hyper local and community oriented way of working.

 

You mention on your website the importance of working with historic textiles. What does the word « historic » symbolize for you?

I use the term historic to mean anything pushing 100 years or more. I have used quilts with yarn dyes and prints from the 1800s. These quilts are valuable pieces not only for the textiles but for the hand stitching and design. They are pieces of our history and heritage.

It is great to give them new life and put them back in the public eye in a useful product.

 

We talked about textiles, now let’s look at the other interesting side of your production. No mass production. No modern production. No new generation partnerships. You decided to work with old order communities : Mennonites and Amish. Why?

My dream was to work in Lancaster to stay close to my family. I am dealing with many one of a kind and very small batch production so I needed to look outside the box. It is great that I was to find the Mennonite women to sew the clothing and would go to the Amish harness maker for the leather goods.

I love that I can help support this beautiful community and go to work in their rural shops.

 

First Amish rule: «  never comply with the world around you » (or : respect traditional methods). Does following an old, traditional way of life make your work harder?  How so?

In other words, bring AUTHENTIC in this level is a great adventure. How is it everyday ?

It is interesting that you asked this question. Many think that it is all simple and easy. I am sticking with my choice of makers but it comes with a learning curve and expense. Things one might take for granted in a normal production set up are new to these folk such as consistency and accountability to a calendar. The pace is slow and the wage is high compared to other production. I accept this but it is the consumer I need to have understand. The cost of the products reflects the time and expense of this way of making plus the rarity of the materials.

There is also the rule the Amish and the Mennonites do not believe in photographs due to religious reasons and wanting to remain private.  In this age of visual content this has been a real challenge. People want to see, what I often cannot show them. The makers and their spaces. I respect this choice and it only adds to their own living authentic  – being true to whom they are at a very deep level.

 

Of the ancestral skills handed down by Amish craftsmen, you say they give your product a certain spirit and integrity. Could you elaborate on this?

My things are made by people with such a strong conviction to their faith and peaceful lifestyle that I believe it comes through in the products we make. The spaces in which they work are permeated with a spirit you will not find in most work shops.

There is a calm centeredness that extends to everyone and everything that passes.

I strive to keep some of this spirit in the designs themselves.

 

A young brand with old roots. Does that make Forager co an authentic brand?

I think there are a few things that add up to Forager Company being able to shoulder the labels authentic and heritage. Both these words are overused these days and often without much meaning. It was only after others assigned those words to us did I see that with my choice of materials, makers, and products combined with my own history and connection to the place where I work, could I own being an authentic and heritage brand.  This was not my goal. It is just a part of what is.

 

The Two Pines deeply thank Bryan Norris, and everyone who makes Forager Co.

 

 

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