ADVENTURER Numéro 2

BOIRE LA TASSE par Brian Bielmann et Maxence Gallot

L’eau. Merveilleux élément en sa surface. Mystérieux de l’intérieur. Tout est différent dans l’eau. À l’intérieur de l’eau. Entièrement enveloppé. Submergé. On s’y abandonne, léger comme l’air, dans l’eau. Et paradoxalement, nous y fermons tout, la bouche, les yeux, le nez. On s’invite corps et âme dans l’eau et pourtant on y pénètre totalement hermétique. Mais il peut arriver que l’eau vous force à ouvrir une part de vous.

« Boire la tasse, c’est noyer son courage, percuter subitement le fond et avaler plus que sa salive. »

Comprendre que l’on est allé trop loin. C’est un signe du destin qui te prévient que la suite des évènements pourrait prendre une sale tournure, et qu’il faut vite réagir avant de subir un coup dur de la nature. Evidemment, il y a un avant, un pendant, un après. Etre à la merci de l’océan, c’est terrifiant.

Souvent le jour où tu bois la tasse, c’est étrange comme tu t’y attendais avant. Le doute s’installe en toi sans te quitter, le sentiment de déjà vu t’envahit et c’est ici que commencent les ennuis. Comme si ca te pendait au nez. Comme un loyer impayé que l’océan vient te réclamer, menaçant : je t’avais prévenu, tu savais que c’était trop gros, tu à voulu me défier maintenant tu va ramasser. Et doucement tu dégustes l’élixir de jouvence du sort qui t ‘est réservé.

C’est dans ces moments que tu ressasses, à quel moment ai-je déconné ?

Souvent, la raison qui t’amène au line up un jour de grosse vague est soumise à l’euphorie. Ce matin l’océan est grondeur son mouvement sonore éveille les doutes. L’atmosphère au surf check est plutôt elle silencieuse, chacun chuchotant et ruminant dans sa barbe pour ne pas être entendu, la gorge serrée aussi. C’est la peur qui s’installe gentiment, il faut bien l’avouer. En scrutant le large, le plan d’eau se dessine, l’adrénaline se dissimule forcément quelque part. Imposant, l’élément respire fort et souffle au bout du tube. Il laisse échapper des bruits sourds et profonds qui résonnent. C’est le vacarme de la lèvre qui casse régulièrement. Pas de doute c’est clean, la marmite est en marche. Alors sur le chemin de la mise à l’eau tu t’interroges, c’est déjà un peu tard… Les vagues ont l’air si parfaites et les autres s’emplissent le gosier d’adrénaline, alors pourquoi remplirais tu le tien d’eau salée ? Peut être parce que ce jour là tu t’es sur estimé. Et une fois au line up, alors que tu commences à ramasser, l’océan te renvoie ce sentiment quand bien même ça n’est pas ta planche en pleine tronche pour donner une note plus pimentée. La situation devient vite hors de contrôle. La peur est une bonne chose, il n’y a que les inconscients qui n’ont peur de rien. La panique c’est différent. Sa substance de stress à valeur ajoutée est nocive voire dangereuse.

Boire la tasse pour moi, c’est être au mauvais endroit au mauvais moment et peut être mal préparé également. Quand je me fais engloutir par une vague qui me pète sur la tête, j’essaye de me laisser aller tant bien que mal. J’essaye d’accepter ma sentence. C’est le meilleur remède à la panique. Remonter à la surface pour respirer est le plus important, ne pas perdre ses repères et chercher la sortie, d’où vient la lumière.

Le bouillon d’une machine à laver incontrôlable aux dents féroces et acérées capable de tout détruire sur son passage. C’est ainsi que l’on définit la puissance de l’océan. Il a pourtant tout à offrir. C’est lui qui conditionne le bonheur des surfeurs. Mais il à aussi un côté sombre.  Lorsque tu repousses trop loin tes limites, le désespoir émerge du noir et subitement te fais boire la tasse. Si tu es pris au piège là dedans, la seule chose qui te reste c’est ton instinct et ta lucidité froidement conservée dans ta combinaison. Tout à coup l’égo redescend de haut. Tu ressembles désormais à un petit enfant rejeté par un géant à la mâchoire épaisse. Repoussé dans la zone d’écume, loin de la zone d’impact et à peine plus en sécurité, tu luttes maintenant contre le courant, espérant qu’il aura pitié de toi et qu’en vue de cet épuisement tu seras aidé par l’océan.

En réalité tout ce que je raconte se passe très vite. Ce n’est qu’en se repassant le film dans la tête que tu analyses ton aventure. C’est tout de même surprenant comme ça paraît long. Un wipeout d’une trentaine de secondes semble durer une éternité tant la bataille est rude et perdue d’avance. Quand on est trop gourmand on devine aisément qui décide de notre sort. L’océan te maltraite, tu ne peux rien faire, tu es malmené et cet élément  dont tu dépends te donne une bonne leçon d’humilité. Rester humble face à la puissance des ondes est indispensable. Quiconque se sent pousser des ailes et s’envole au dessus de ses forces sera remis à sa place brutalement.

Alors la suite des évènements est évidente. Soit tu tires le meilleur de ce qui t’est arrivé en suggérant qu’après tout, il n’y a qu’en touchant le fond que l’on apprend. Soit le gout de l’eau était assurément trop amer. Il faudra un bon moment pour oublier et une remise en question afin de digérer ce coup de pression. Il est clair que ce genre d’instants peut laisser des traces dans la mémoire et que longtemps tu puisses être confronté à ce cauchemar. Mais une fois les pieds sur terre, le temps fait bien les choses et la patience laisse place à l’apaisement. Quand la tempête est passée, la sagesse reprend le pas sur la phobie, les belles vagues reviennent. Nous arrivons au bout de la nuit. Un nouveau jour se lève, il est temps de laisser le passé s’évaporer. Qui sait ce que le présent nous à réservé ? Il faut le voir pour y croire, il a sans aucun doute un meilleur goût que l’eau salée. Reprendre le surf pour effacer le tableau noir est essentiel, régénérant. Boire la tasse c’était hier, aujourd’hui c’est terminé. propos de Maxence Gallot.

 

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Bonjour Brian Bielmann. Prendre des photos sous l’eau, pourquoi ? Pourquoi pas ! N’est-ce pas le plus bel endroit sur Terre…

Surfers. Nous avons l’habitude de les voir dévorer les vagues mais lorsqu’ils tombent de leur surf, ils avalent l’eau, littéralement. Et tu es au premier rang. Comment décrirais-tu ce moment précis ? Je deviens alors témoin d’une beauté et d’une agonie qui se mélangent. Je suis à la fois très proche et très loin d’eux au moment où ils tombent. Trop loin pour faire quoi que ce soit pour eux, mais à portée suffisante pour capturer ce moment, partager cette expérience et permettre au monde de ressentir ce qu’il se passe. Du moins à travers mon oeil. Personne ne peut appréhender l’émotion du surfer, mais on peut aider n’importe qui à développer une émotion vis-à-vis du surf, en tant que témoin.

Dirais-tu, qu’à ce moment précis de la chute, l’eau prend le contrôle ? Oh oui !!! Mère nature prend le contrôle ! Il y a une telle liberté à réaliser, en tant que surfer, que vous ne contrôlez pas tant que ça les choses. Le vaste océan bleu peut vous faire flipper à vous rendre vivant comme jamais. I love it !

As-tu le temps d’observer sur leur visage peut exprimer quelque chose à ce moment précis ? De la peur ? Ou les choses se passent-elles trop vite ? Il arrive, quand je shoote sous l’eau d’être vraiment proche d’un wipeout, de me trouver à côté du surfer qui pénètre la vague. Et là, oui, un laps de temps extrêmement furtif mais intense, un contact visuel s’opère avec les gars. Et la peur est bien là sur leur visage. C’est comme un moment de vie en slow-motion et malgré tout disparu en un rien de temps.

Au lieu de l’affronter, tu embrasses l’eau, et tu t’en sers pour offrir un point de vue différent. Est-ce un conseil que tu donnerais aux surfers, dans leur approche de l’eau ? On essaye tous de rester safe, et on essaye de prendre les meilleurs décisions dans l’eau parce qu’on veut vivre le plus longtemps possible et continuer à prendre toujours plus de vagues. Mais quand l’océan prend le dessus, tu dois te laisser aller, partir avec lui, il n’y a aucun choix ici. C’est ainsi que ça doit être.

Et ce passage où tu dois laisser le contrôle, peut-on le considérer comme un échec face à la nature, ou au contraire comme un moment d’harmonie où tu ne formes qu’un avec elle ? Tu te donnes à la nature, et quelque soit l’issue, tu dois l’accepter.

Quel goût est le plus dur à avaler, la salinité de l’eau ou l’amertume de l’échec ? L’échec est synonyme de travail non-accompli donc il te donne une raison de revenir et recommencer. Dieu merci, je ne serai jamais parfait et je continuerai donc à échouer et recommencer. Le voyage, pas la destination…

Et toi, as-tu déjà bu la tasse ? Oh oui, et j’espère que ça n’arrivera plus, mais si ça devait se reproduire je sais que c’est ce dont je me rappellerai le plus longtemps.

À cause de la douleur ? Ou est-ce autre chose ? Quand tu bois la tasse, ça rentre partout, dans ta bouche, ton nez, jusque dans ton crâne.  Et c’est là que tu peux sentir l’eau brûler en toi, à l’intérieur. L’eau qui brûle. Intéressant comme idée… Ce n’est pas une super expérience de perdre le contrôle, de se faire secouer, mais sentir sur son propre corps que la nature est bien plus grande que toi est une expérience d’humilité absolue, et tout le monde devrait vivre ça une fois.

« L’eau qui brûle » ça fout la pagaille dans les éléments. On peut d’ailleurs la ressentir dans tes photos, avec ces surfers piégés et pourtant calmes au coeur des remous. Dirais-tu que c’est cet « enfer » que tu prends en photo – un moment d’apaisement intense au milieu de l’enfer ? Je dirais que oui. Repenser à ce moment et imaginer l’issue, l’enfer d’un homme ou son humiliation, c’est pour quelqu’un qui regarde un truc fort. Il y a du beau dans la détresse du surfeur, quand on est spectateur. Il y a un sentuiment clé dans la vie d’un surfer, et beaucoup d’entre nous passent par là, celui de se sentir en sécurité partout sauf là où il est, sur sa planche juste avant de commencer sa rame. Et pourtant ils ont un désir fou de faire partie de ce moment.

Tu as dit avoir déjà bu la tasse, et en un certain sens, on peut dire que l’eau t’a « avalé » à son tour. Tu n’arrives plus à t’en passer. Mais cette relation ressemble plus au paradis, dans ce sens ? Ça reste parfois terrifiant d’être sous l’eau, voire très dangereux, même en étant extérieur à l’action. Mais ce que je crée pour les autres, ce regard aquatique que je peux offrir, les émotions que je ressens en réalisant que je fais ça, et en partageant ce spectacle  à une audience massive me tire loin de cette peur momentanée. L’exigence sous l’eau crée des moments de peur furtifs. Certains sont plus costauds, d’autres entraînent de vrais changements de carrières… Mais je ne peux arrêter ce que je fais et ce quelque soit la quantité d’eau salée que j’ai à avaler…  ♦♦♦

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Après ce témoignage intense de Brian Bielmann, Maxence Gallot nous livre l’expérience de la tasse à travers les récits de Yoann Soiteur ( surfeur de grosses vagues) et Fred David (champion du monde de Body Surf). 

Surfer des grosses vagues implique le revers de la médaille. L’adrénaline a un prix. Se battre avec les profondeurs pour sur(f)vivre est un défi auquel se prête les surfeurs qui tentent de surmonter leurs peurs. Mais des doutes subsistent encore en moi. Que se passe t-il dans la tête du surfeur qui boit la tasse quand l’océan est en colère? Comment fait-il face à sa puissance ? Quelle expérience et quelle trace cela laisse t-il ?

Nous sommes Samedi 16 Juillet au soir et je décide d’aller à la rencontre du sunset de Seignosse dans les Landes. J’ai laissé trainer le magnéto auprès de la bonne humeur de Yoann Soiteur que je retrouve sur la plage à la cabane de son école de surf. D’origine Bretonne, Yoann aime prendre le large pour surfer. Il est prêt à parcourir le globe à la poursuite des gros swells. Il admire autant le premier take off d’un petit jeune novice que le galbe d’une vague de 4 mètres qui pète à la Nord, son spot de prédilection à Hossegor. Rencontre.

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Depuis combien de temps tu surfes ? J’ai 42 ans. J’ai débuté à l’âge de 13 ans en passant par quelques années de bodyboard, ça fait 29 ans cette année…il faudra fêter mes 30 ans de surf l’année prochaine !

Okay rien que ça…quels sont les spots qui t’ont fait le plus peur en 30 ans de surf ? Pas besoin d’aller très loin pour se faire peur…lorsque l’hiver pointe le bout de son nez, les houles qui atteignent les côtes Françaises peuvent vite te refroidir ! Je me suis fait quelques bonnes frayeurs à la Nord d’Hossegor. Bien que ce soit mon spot favori, il faut s’attendre à ramasser de temps en temps. Le spot d’Avalanche dans le pays basque n’est pas toujours très accueillant non plus. J’ai cassé des planches en prenant des vagues sur la tête là bas. Plus loin en Polynésie j’ai eu une expérience flippante à Haapiti lors d’une grosse rentrée de houle. C’était un jour bien costaud…

« Le temps paraît long, voire très long, tu bois la tasse et elle à un sale goût, j’ai déjà vomi à cause de ça. »

C’est sûr que les spots Français ont de la gueule…comment tu définirais un spot de gros ? Pour moi un spot de gros se mérite. Pour l’atteindre, il y a de la houle, du courant, il faut avoir une grosse planche et être confiant dans sa façon de ramer. C’est un pic au large qui donne une atmosphère spéciale entre potes. Même si tu peux te faire peur et te mettre en danger, le shot d’adrénaline en vaut la chandelle. J’ai toujours aimé cela. Ce sont des endroits à « esprit » comme j’appelle ça. En France ces spots marchent avec les saisons d’Automne et d’Hiver. Pour moi c’est comme entrer dans une arène. Le lieu est parfois chargé d’histoire, ce sont des endroits que tu as découvert dans les magazines étant gamin. J’aime ramer loin du bord, c’est là-bas que je puise toute l’énergie de l ‘océan. J’aime vivre pour ces moments. Tandis que le rêve de certains est de s’acheter la dernière BMW, mon luxe à moi c’est de passer mon hiver entre Guéthary et la Nord. L’important dans tout ça c’est de faire ce qu’on aime…Ma démarche continue d’aller dans ce sens en grandissant. Tu bases ta vie là dessus au gré des saisons et l’important c’est d’être là au bon endroit au bon moment pour vivre ça. Le surf de gros c’est une envie, une attirance, ça ne plait pas à tout le monde. Il y a des surfeurs très bon techniquement qui n’aiment pas du tout surfer les grosses vagues au large. Chacun choisit ce qu’il veut surfer, ce sport est tellement riche…

Tu m’étonnes… A quoi tu penses quand tu ramasses ? Je ne pense à rien d’autre que du positif. Je me dis que je suis prêt pour ce qui m’arrive et que je ne voudrais être nulle part ailleurs… J’ai confiance en mon matériel, je sais que j’ai un bon leash, une bonne planche et je m’y prépare suffisamment psychologiquement. Pour moi les wipeouts font partie d’une session de gros, pas de place à la panique dans ces moments là. J’ai plus de doutes et de peurs lors de la préparation d’une journée quand je regarde les prévisions ou au petit matin quand je check l’océan. Du moment où je décide de me mettre à l’eau, c’est que je me sens capable de sortir en cas de problème. Je me pose toujours cette question avant d’y aller, ça évite bien des mauvaises surprises, l’expérience me l’a appris. Surfer du gros nécessite de la maturité. Mentalement, Je marche beaucoup à l’instinct.

Et tu connais tes limites ? Oh je dirais que j’aime surfer des grosses vagues jusqu’à 5 mètres. J’imagine que je n’ai plus l’âge de pousser mes limites, je me fais plaisir à surfer ce que je considère gros pour moi et je suis heureux comme ça. Ce qui est marrant, c’est que toute une jeune génération de locaux adeptes du shortboard et des sessions à la Gravière (spot de vagues tubulaires rendu célèbre et de plus en plus peuplé avec le Quiksilver pro) se mettent à surfer du gros au large et affectionnent d’avantage les grandes planches qu’auparavant. C’est une autre vision du surf à part, loin des aérials dernier cri des shortboardeurs. Leur discours est en train de changer et la relève du surf de gros se met en marche avec une nouvelle vision. Je pense qu’ils repousseront leurs propres limites eux aussi à leur tour et le sport évoluera encore.

Combien de temps penses-tu pouvoir rester sous l’eau ? Ça m’est arrivé quelques fois de rester sous l’eau pendant deux vagues, le temps paraît long, voire très long, tu bois la tasse et elle à un sale goût, j’ai déjà vomi à cause de ça. Alors Il faut attendre patiemment. Garder les yeux ouverts pour voir la lumière et remonter sans stresser… dans ces moments tu sais que tu es à la merci de l’élément. Rien ne sert de lutter, l’océan fait ce qu’il veut de toi. Je pense personnellement que quand tu commences à rester plus de 12 secondes sans refaire surface, tu commences vraiment à manquer d’air si tu n’es pas très sérieusement préparé. Tu n’as qu’une envie c’est de retrouver la surface puis la terre ferme. Ce genre de situations fait partie du surf, il ne faut pas l’exclure quand tu te frottes au surf de gros. En être conscient c’est diminuer les risques encourus.

D’accord mais avec le recul, quel goût tu gardes de tous ces coups de pression ? T’as des années où tu casses des leashs et des planches sans arrêt et d’autres années où tout va bien. C’est une histoire de Karma j’imagine. Mais je n’ai aucun mauvais souvenir, je ne regrette rien. C’est comme ça que ça devait se passer. Je ne veux rien changer et je recommencerai encore et encore. Tu apprends de tes expériences, ça te fait évoluer encore plus vers ce que tu aimes vraiment. Je n’ai jamais été un tube rider… Bien que je sache le faire si l’occasion se présente, les vagues creuses ne me plaisent pas autant que l’ambiance du large ! Je suis vraiment à la recherche de ce côté marin, c’est ce qui me plait réellement dans le surf.

FRED DAVID

Connaître son corps. Maîtriser ses moindres gestes pour appréhender au mieux l’ondulation de l’océan et sa force. C’est tout le talent de Fred David, champion du monde de body surf. A 31 ans, ce véritable waterman vit à Seignosse. Son cœur balance entre es vagues d’Hossegor et d’Hawaii à Pipeline. Fred est un fervent représentant de ce sport en France, son approche de la vague est surprenante. Le surf puise ses origines historiques dans le bodysurf d’où il tient son évolution. Sans intermédiaire entre lui et la vague on parle ici de glisse pure. Débordant d’énergie, il est constamment à la recherche des plus beaux shorebreaks et de ce frottement ultime dans le tube. Il navigue au plus près de la vague et ne forme qu’un avec l’élément qui déroule avant de s’écraser sur le sable et recommencer, encore.

Qu’est ce qui t’a inspiré à devenir bodysurfer ? Je faisais de la natation et on m’a proposé de venir tester le sauvetage côtier. J’ai tout de suite accroché. Quand les vagues étaient trop grosses ou que les conditions étaient trop pourries pour s’entraîner en paddle board on faisait du bodysurf. C’est là que je m’y suis mis.

Quelle est ton approche en terme de taille de vagues ? Je ne me pose pas trop de questions sur la taille. Je ne me force pas, si j’ai envie d’y aller j’y vais. Cependant, j’essaye d’observer le spot et de prendre le max d’infos avant d’aller à l’eau. Je veux toujours avoir un plan de secours si ça ne se passe pas comme prévu, par où sortir, comment rentrer dans l’eau…

Il y a des spots que tu rêverais encore de bodysurfer ? Il y en a un paquet ! Tahiti, Brésil, l’Amérique Centrale, pour ne citer que ceux là. Ce n’est pas forcément des vagues connues qui m’attirent mais plutôt celles faites pour le bodysurf sans personne à l’eau. Facile à trouver !

 Tu te sens plus exposé au danger qu’un surfeur dans des sessions grosses vagues? Oui et non. Il y a du pour et du contre. A la fois je ne risque pas de m’assommer avec ma planche, les canards sont plus faciles. En revanche je dois gérer mon énergie, je n’ai pas de planche pour me reposer. Je suis moins rapide, le clapot dans la vague se gère moins bien en bodysurf qu’en surf. Le bodysurf est loin d’être évident dans les grosses vagues avec beaucoup de turbulences dans la paroi. Je dois donc m’adapter constamment.

En parlant de ça, à quoi tu penses quand tu ramasses ? Le mieux est de ne penser à rien et de se relaxer. Je suis régulièrement des entraînements d’apnée avec le club Biarritz Chasse Océan. Cette structure est parfaite. L’équipe nous prépare réellement à ramasser en cas de coup de pression et on apprend à se relâcher sous l’eau. C’est quelque chose de primordial pour assurer sa sécurité.

 Quel à été le pire souvenir de ta vie à l’eau ? Je n’ai pas de souvenir où j’ai cru mourir ou quelque chose comme ça heureusement. Et j’espère faire les choix nécessaires pour que ce genre de situations n’arrive jamais. J’ai eu une aventure à Hawaii il y a quelques années avec Mark Cunningham, Aaron Peirsol et un autre bodysurfeur californien. Mark nous a convaincu d’aller à l’eau lors d’un swell géant sur le spot de Rockpiles. Il se situe au sud de Pipeline qui saturait complètement ce jour là. Il n’y avait personne à l’eau sur le North Shore mis à part les spots de gros comme Waimea ou les reefs au large. Nous nous sommes mis à l’eau entre Rockpiles et Off The Wall. Le courant était tellement fort qu’il nous a fait faire une bonne partie de ricochets dans les rochers au bord de OTW. Une fois au large, à la vue des vagues, le Californien a été pris d’une crise de panique totale, il s’est rué vers le bord en passant par OTW, il a eu la chance de passer entre deux séries et s’en est sorti par miracle intact. J’ai essayé de prendre des vagues mais elles étaient trop grosses pour moi, trop rapides. Je n’ai pas réussi à en prendre une comme j’aurais voulu. Aaron qui doit compter 5 médailles d’or olympique en natation était comme un poisson dans l’eau. Il a pris un bon paquet de vagues, le spectacle était hallucinant. Mark connaissant parfaitement le spot a réussi à prendre deux vagues il me semble et quand je lui ai dit que c’était trop gros pour moi, il m’a dit que pour lui aussi avec un grand sourire. Au bout d’une heure, les vagues étaient trop grosses pour pouvoir rentrer au bord à la nage. Les deux options qui s’offraient à nous pour sortir de l’eau étaient de nager au sud trois kilomètres avec le courant jusqu’à Waimea Bay ou nager mille cinq cent mètres au nord contre le courant jusqu’à Pupukea. Nous avons choisi la deuxième option et avons nagé jusqu’au nord. Une fois à Pupukea après une bonne heure de nage contre le courant, on a pu sortir de l’eau en prenant une vague vers Pupukea. Je pense que c’est à ce jour la situation la plus intense dans laquelle je me suis trouvé ! Une super expérience.

 

As tu déjà bu la tasse dans des grosses vagues ? Non jamais. Mais j’ai eu le souffle complètement coupé sur le spot de Belharra au large de St Jean de Luz (une des plus grosses vagues d’Europe). On faisait du surf tracté. Je voulais sauter du jet ski dans la vague pour voir si on pouvait glisser et bodysurfer la vague. Sur la première vague j’ai réussi à glisser un petit peu avant de perdre la vitesse et me faire rattraper par la mousse sans vraiment ramasser. Du coup j’ai voulu réessayer. Sur la deuxième vague, j’ai mal sauté et quand j’ai atterri sur le ventre j’ai pris un stop net et j’ai eu la respiration totalement coupée, la mousse m’a rattrapé et j’ai ramassé sans pouvoir prendre d’air, Alex Mangiarotti pilote ce jour là est venu me chercher tout de suite après. Je n’ai récupéré ma respiration seulement une fois assis derrière Alex. Heureusement on faisait nos essais sur la fin de la vague et pas vraiment au pic. Sinon je pense que l’histoire aurait été plus compliquée et flippante à gérer…

 

contributeur Maxence Gallot // interview Brian Bielmann – Yoann Soiteur – Fred David

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